Envoyée le 21-08-2009
« Programme ANRS 12111/Sidaction »
Compte rendu de la séance de restitution du 13 août 2009
Le jeudi 13 août 2009 a été organisée au
siège de l’association Kasabati à Ouagadougou (Burkina Faso) une séance de
restitution du programme ANRS 12111/Sidaction, intitulé « Anthropologie
des traitements néo-traditionnels du Sida en Afrique de l’Ouest ». Animée
par Marc EGROT, anthropologue et médecin, la restitution s’est tenue en
présence de représentants du SP/CNLS-IST, du PAMAC, du site ANRS-Burkina et de
membres associatifs du Groupe de Travail Interassociatif sur l’Ethique (GTIE)[1].
1.
Déroulement de la séance de restitution
En guise d’introduction, Kasabati a souhaité
la bienvenue et présenté ses remerciements aux participants pour leur présence
à cette rencontre. Responsable du projet « Ethique des soins et de la
recherche », Kasabati a ensuite expliqué les raisons qui ont motivé le
choix ses locaux comme lieu de déroulement de cette séance de restitution.
-
En
premier lieu, Kasabati faisant partie de l’équipe de recherche (aux côtés de
l’UMR 145 de l’IRD, du CReCSS, de l’IRSS, du Lasdel, du SHADEI et de l’UMR 7043
CNRS de l’Université de Strasbourg), l’association se réjouissait de pouvoir
partager les résultats avec diverses sensibilités disciplinaires et professionnelles
réunies pour apporter leur contribution à l’enrichissement du débat.
-
Ensuite,
Kasabati étant investie dans les questions relatives à l’éthique des soins et
de la recherche et ayant mobilisées les associations au sein d’un Groupe de
Travail Interassociatif (GTIE), il semblait pertinent d’inscrire cette
restitution dans le cadre des réunions du GTIE.
-
Enfin,
le site ANRS-Burkina ayant par ailleurs sollicité le GTIE pour accompagner les
travaux de recherche de l’Agence à travers un Comité Consultatif Communautaire,
il paraissait logique que la restitution de ce projet, promu par l’ANRS, soit
présentée devant les membres du Groupe.
Cette restitution a également été l’occasion
pour le GTIE pour rendre hommage à l’un de ses membres actifs, Pierre Claver
MURENZI, précédemment Directeur Exécutif de l’AJPO, décédé le 19 juin 2009.
Le programme ci-dessous a ensuite été
présenté aux participants :
|
Programme |
Horaires |
|
1.
Accueil et installation des participants |
8
h 30 – 9 h 00 |
|
2.
Introduction : présentation du programme |
9
h 00 – 9 h 10 |
|
3.
Qu’est-ce que les traitements néo-traditionnels ? |
9
h 10 – 9 h 50 |
|
4.
Inventaire et catégorisation des produits |
9
h 50 – 10 h 20 |
|
5.
Diversité des acteurs impliqués |
10
h 20 – 10 h 50 |
|
PAUSE
–CAFÉ |
10
h 50 – 11 h 20 |
|
6.
Positionnement anthropologique |
11
h 20 – 11 h 50 |
|
7.
Construction de la légitimité de l’usage d’un
traitement néo-traditionnel |
11
h 50 – 12 h 20 |
|
8.
Légitimation scientifique par l’expérimentation humaine |
12
h 20 – 13 h |
|
Fin
de l’atelier |
13
h 00 |
Pour conduire les travaux et diriger les
débats, les participants ont désigné un président de séance en la personne du
Dr BIDIGA, représentant du SP/CNLS-IST. Celui-ci a relevé la pertinence du
sujet et a souhaité aux participants des échanges fructueux avant de donner la
parole au présentateur.
2.
Contenu de la restitution et des échanges
La restitution du programme ANRS
12111/Sidaction s’est déroulée alternativement entre communications du
présentateur et questions-réponses avec les participants. Au total, se sont six
(6) thèmes qui ont été présentés par Marc EGROT, Coordinateur Nord du programme :
1.
La
définition des traitements néo-traditionnels,
2.
L’inventaire
et la catégorisation des produits,
3.
La
diversité des acteurs impliqués,
4.
Le
positionnement anthropologique par rapport aux traitements néo-traditionnels
(TNT),
5.
La
construction de la légitimité d’un traitement néo-traditionnel,
6.
Et
enfin, la légitimation scientifique par l’expérimentation humaine.
Le programme ANRS 12111/Sidaction s’est
déroulé de 2005 à 2008 sur trois sites en l’Afrique de l’Ouest : Bénin,
Burkina Faso et Sénégal. Il avait pour promoteurs l’ANRS et Sidaction.
Cette recherche repose sur l’approche
anthropologique d’un phénomène social dans le domaine de la santé, en
l’occurrence les traitements néo-traditionnels du sida dont le nombre n’a cessé
de croître au cours de ces dernières années. Les objectifs poursuivis par le programme sont de :
-
Établir
un inventaire et une description des produits identifiés ;
-
Décrire
les différents acteurs impliqués et analyser leur discours et leurs pratiques ;
-
Analyser,
les enjeux, les processus d’adhésion et les procédures de légitimation des TNT ;
-
Analyser
l’impact des TNT sur la prise en charge des PvVIH et sur le dispositif de soins.
Pour le communicateur, le terme traitements
néo-traditionnels retenus dans ce programme n’est rien d’autre qu’une
appellation, désignant une catégorie de produits apparus vers la fin des années
1980 et le début des années 1990. Cependant, l’appellation a été choisie
notamment par souci de communication avec d’autres disciplines que
l’anthropologie.
Selon M. EGROT, les enquêtes menées lors de
cette recherche ont permis d’inventorier et de catégoriser une diversité de
produits qui ont en commun de se référer de manière syncrétique à plusieurs
systèmes de pensée, notamment la biomédecine et le secteur traditionnel des
systèmes de santé. Plus de 70 produits ont ainsi été identifiés sur seulement 3
pays d’Afrique de l’Ouest (dont la liste a été présentée brièvement aux
participants), puis décrit de manière précise à partir des informations
disponibles : description du produit et de son emballage ; identification
et description des acteurs de la production, de la promotion, de la circulation
et de la prescription ; histoire du produit et de sa circulation dans les
systèmes de soins ; entretiens avec des acteurs ; recueil de
documents et d’articles relatifs aux produits. Quelques exemples ont permis aux
participants de se familiariser avec ces produits, notamment l’Aloe Vera,
l’Antilaléca, l’Anti-Oxydant, le CMA, le HMD Plus, l’Immuboost ou encore le Tobacoak’s.
M.
EGROT a également montré la multiplicité et l’hétérogénéité des acteurs
impliqués dans les TNT, qui cumulent souvent plusieurs fonctions en tant
qu’inventeurs, chercheurs, promoteurs, prescripteurs et vendeurs de leurs
propres produits. Ce cumul de fonctions, la diversité des produits et leur
émergence dans les systèmes de santé des PED, interrogent l’anthropologie et la
biomédecine dans la mesure où certains de ces promoteurs ne sont pas issus du
milieu de la biomédecine mais également parce qu’il s’avère difficile de les
catégoriser. Deux points saillants relatifs aux acteurs doivent cependant être
soulignés :
-
L’existence
pour certains TNT d’inventeurs/producteurs n’ayant aucune insertion, aucune
légitimité, aucune compétence dans le champ de la santé avant de s’investir
dans les TNT, que ce soit dans le registre traditionnel ou biomédical ;
-
Le cumul des fonctions par un seul acteur, qui
soulève bien évidemment des questions d’objectivité, de fiabilité et
d’intéressement direct, et qui le discrédite a priori.
Pour illustrer ses propos, M. EGROT a
présenté quatre (4) figures emblématiques : le Produit X de Mamadou Lamine DIABI, le Viralgic de Jean-Pierre
RAVENEAU, l’Immuboost de Siaka SY, et l’Aloe
Vera de Forever Living Product (FLP).
Le communicateur a également analysé la quête
de légitimité entreprise par les promoteurs de TNT. Il a ainsi mis en évidence
les stratégies, les logiques et les subtilités utilisées par ces derniers pour
marquer leur présence et accroitre leur crédibilité dans les systèmes des
soins. A travers les explications et les commentaires de M. EGROT, il ressort
que ces traitements néo-traditionnels sont le support d’enjeux à la fois
économiques, commerciaux et politiques importants. Ils mobilisent, – et
parfois embarrassent – de nombreux acteurs du champ politique, sanitaire,
associatif, mais aussi les médias, etc.
Le présentateur a également insisté et mis en
exergue les polémiques et les controverses que suscitent le discours sur les
TNT et les moyens utilisés pour la construction de leur légitimité, Il a
ensuite abordé les questions éthiques que pose la légitimation scientifique par
l’expérimentation humaine. En effet, le projet montre qu’une part importante de
TNT ont fait l’objet d’expérimentation et que la plupart des
inventeurs/promoteurs se prévalent d’avoir réalisé leurs propres « essais ».
De même, la volonté d’expérimentation est presque toujours exprimée et certains inventeurs/promoteurs de TNT n’ont
de cesse de réclamer des « cobayes », des « malades », etc.
La communication de M. EGROT a permis d’analyser les pratiques expérimentales
de ces promoteurs, en vue d’étudier leur validité scientifique à la lumière des
normes scientifiques garantissant le droit des malades comme le consentement,
le respect de la confidentialité, la démonstration de l’efficacité par la
preuve scientifique.
Partant d’observations et d’analyses, la
recherche révèle que le recours à l’expérimentation entrepris par les
promoteurs de TNT ne respecte pas les principes élémentaires de l’éthique. Le
contenu des protocoles de recherche montrent également de nombreux écarts aux
normes scientifiques internationales : modalités d’inclusion souvent
informelles et opaques, absence de consentement, protocoles de recherche
inaccessible. La fin de la présentation révèle un manque total d’harmonisation
et de cohérence des textes relatifs aux expérimentations en médecine
traditionnelle, notamment du récent document de référence publié par l’OMS sur
ce sujet[2].
Les enjeux ont ensuite été discutés autour de
trois (3) questions centrales :
-
Paradoxe : contestation virulente de l’ordre médical
mais revendique l’utilisation d’une démarche essentielle de la biomédecine.
-
Les critères
d’évaluation sont-ils identiques ou différents ?
-
Articulation
avec des questions de société et de politique (place de la recherche, valorisation et
intégration des médecines traditionnelles, questions identitaires, rapport
Nord/Sud dans le champ de la santé et de la recherche, importance de l’éthique
et du respect des droits des malades, etc.).
Conclusion
Cette restitution a suscité un intérêt
particulier des participants, du fait notamment de la diversité de leur origine
professionnelle et de leur positionnement dans le champ de la lute contre le
sida (représentants institutionnels, médecins, chercheurs, membres associatifs,
PvVIH, etc.). Les résultats présentés par le chercheur ont ainsi suscité de
nombreuses questions de compréhension, mais aussi les témoignages de certains
participants et des contributions pour l’enrichissement de la réflexion. Les
questions sur l’efficacité des traitements néo-traditionnels, sur l’implication
des acteurs de la santé dans la légitimation des TNT, ou encore sur les
facteurs déterminants de l’émergence et de la circulation des TNT, sont
revenues à plusieurs reprises dans les discussions.
Compte tenu de l’importance de cette
thématique, le SP-CNLS/IST et le PAMAC ont remercié l’équipe de recherche
coordonnée par M. EGROT, tout en exprimant leur souhait que la restitution des
résultats du programme ANRS 12111/Sidaction puisse être présentée devant un
panel plus large que celui réuni à Kasabati.
Liste
de présences
|
N° |
NOM
& PRENOMS |
STRUCTURES |
TELEPHONE |
MAIL |
|
1 |
DIALLO Aïcha |
IRD |
70 16 38 31 |
diama_diallo2004@yahoo.fr |
|
2 |
EGROT Marc |
Projet ANRS 12111 |
70 22 43 58 |
marc.egrot@orange.fr |
|
3 |
BONKOUNGOU Wilfried |
FAM |
70 38 49 88/50 39 44 27 |
fondationagnesmarie@hotmail.com wildasson@yahoo.fr |
|
4 |
BENAO K. Jeanne |
LVC |
76 46 43 31 |
benaojacobi@yahoo.fr |
|
5 |
SANOU Souleymane |
YAMWEKRE |
70 27 64 60 |
|
|
6 |
SANON Patrice |
RAME |
70 45 41 60 |
kalimatanon@yahoo.fr |
|
7 |
SANON Anselme |
Centre MURAZ |
76 61 49 89 |
anselmes2002@yahoo.fr |
|
8 |
SOME K. Félicien |
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